janvier 2026
Rétrospective des marchés financiers en 2025
L’année 2025 s’inscrit comme une année charnière pour les marchés financiers : ni euphorique, ni récessive, mais révélatrice d’un nouvel équilibre macroéconomique. Après les chocs successifs liés à l’inflation, au resserrement monétaire et aux tensions géopolitiques, les économies développées ont amorcé une phase de normalisation progressive, dans un contexte marqué par la déglobalisation, la recomposition des chaînes de valeur et une dédollarisation graduelle des échanges internationaux. Les tensions commerciales héritées de l’ère Trump, notamment les droits de douane sur certains produits manufacturés et agricoles, ont continué d’influencer le commerce mondial, contraignant certaines entreprises tout en incitant à la diversification des chaînes d’approvisionnement.
Une croissance meilleure qu’attendu, malgré un consensus prudent
L’un des faits marquants de 2025 réside dans le déjouement des pronostics de croissance. En début d’année, le consensus anticipait un net ralentissement, voire une récession technique dans plusieurs zones. Or, la croissance mondiale s’est révélée plus résiliente que prévu, autour de 3 % selon le FMI, portée principalement par les États-Unis.
- États-Unis : croissance proche de 3 %, soutenue par la consommation des ménages, l’investissement privé et la dynamique technologique. La robustesse du marché de l’emploi et l’innovation dans les secteurs numériques et industriels ont renforcé cette trajectoire.
- Zone euro : croissance plus modeste, autour de 1,5 %, pénalisée par l’industrie mais stabilisée par les services. L’Allemagne et les pays du Nord ont bénéficié de plans de relance ciblés, tandis que l’Italie et certains pays périphériques ont connu une croissance plus lente.
- Chine : croissance contenue autour de 4,5 %, confirmant un changement de régime économique vers un modèle moins dépendant de l’exportation et davantage axé sur la consommation intérieure et les services.
Cette résilience mondiale a permis d’éviter le scénario du « hard landing » tout en maintenant une pression favorable sur les bénéfices des entreprises, soutenant ainsi les marchés financiers et la confiance des investisseurs.
Désinflation et tournant monétaire
Sur le plan monétaire, 2025 marque le début d’un cycle d’assouplissement après plusieurs années de politique restrictive. L’inflation est revenue vers les cibles des banques centrales de 2 % :
- États-Unis : inflation à 2,7 %
- Zone euro : inflation à 2,1 %
La Réserve fédérale a commencé à réduire ses taux plus tard dans l’année avec un rythme progressif, tandis que la Banque centrale européenne a choisi une approche plus prudente, amorçant un assouplissement monétaire de manière plus mesurée. Cette inflexion des politiques monétaires a favorisé une pentification de la courbe des taux, c’est-à-dire un écart croissant entre les taux d’intérêt à court terme et ceux à long terme. Concrètement, les taux courts ont commencé à baisser sous l’effet des décisions des banques centrales, alors que les taux longs sont restés plus élevés, voire ont légèrement augmenté, en raison d’anticipations de croissance plus résiliente, d’une inflation jugée plus persistante et de besoins de financement public importants, notamment en Europe. La coordination entre politiques monétaires et mesures fiscales a contribué à stabiliser les anticipations et à restaurer une certaine visibilité pour les investisseurs.
Plan de relance allemand
L’Allemagne a mis en place un plan de relance budgétaire ambitieux, rompant partiellement avec sa tradition d’orthodoxie budgétaire :
- Investissements massifs dans les infrastructures et la transition énergétique,
- Soutien ciblé à l’industrie stratégique et à la souveraineté technologique,
- Incitations à la R&D et à la modernisation numérique des entreprises.
Ce plan a été un signal fort pour l’Europe, contribuant à soutenir la croissance à moyen terme et à renforcer la confiance sur les marchés obligataires, tout en favorisant la pentification de la courbe des taux.
Situation budgétaire française
À l’inverse, la France a continué de faire face à des contraintes budgétaires importantes. Le niveau élevé du déficit et de la dette publique limite les marges de manœuvre pour de nouveaux investissements et alimente une vigilance accrue des investisseurs sur la soutenabilité de la dette souveraine. Cette situation contribue à une différenciation des primes de risque au sein de la zone euro et reste un élément clé pour la gestion active des portefeuilles obligataires européens.
Des marchés actions plus solides qu’anticipé
Dans ce contexte, les marchés actions ont enregistré une performance supérieure aux attentes, malgré l’anticipation en début d’année d’un contexte économique et financier chahuté :
- Marché américain :
- Une performance sur l’année de +17 % en USD, soit environ +4 % en EUR, pénalisé par la baisse du dollar.
- La performance est expliquée à 80 % par la croissance des bénéfices des entreprises et à 20 % par la revalorisation des multiples. A l’image de 2024, la performance a été majoritairement tirée par les valeurs IA et technologiques.
- Surperformance des valeurs de croissance : secteurs de la communication et des technologies de l’information. La solidité des résultats a été déterminante : les entreprises du S&P 500 enregistrent une hausse de leurs bénéfices de 14,7 % en rythme annuel.
- Marchés européens :
- Une performance de +22 % depuis le début d’année,
- La dynamique est différente des Etats-Unis : 80 % de la performance est liée à la revalorisation, contre 20 % à la croissance bénéficiaire, reflétant un rattrapage après plusieurs années de décote.
- Surperformance des financières et utilities, segment Value, portée par la revalorisation des multiples et les mesures de relance industrielles. Les entreprises européennes enregistrent une hausse de leurs bénéfices de 7,2 % en rythme annuel.
- Marchés émergents :
- Dynamique très positive des marchés émergents (+18,4% en EUR sur l’indice MSCI Emerging Market), soutenue par la croissance structurelle et la dépréciation du dollar, offrant à la fois diversification et rendements attractifs, avec une performance particulièrement solide sur la période.
Les marchés obligataires ont retrouvé leur rôle central dans l’allocation d’actifs :
- Les rendements réels sont redevenus attractifs, offrant à nouveau une protection contre l’inflation.
- La duration est à nouveau rémunératrice, les investisseurs étant rémunérés pour le risque de taux et l’allongement des maturités.
- Les spreads de crédit sont contenus, soir l’écart de rendement limité entre les obligations d’entreprises et les obligations d’État de même maturité. Ces spreads resserrés traduisent la perception maîtrisée du risque de défaut et une confiance relative des investisseurs dans la solidité financière des émetteurs.
Les rendements actuels par zone restent favorables :
- Marchés émergents : 6 %
- Europe : IG 3,2 %, HY 5,8 %
- États-Unis : IG 4,8 %, HY 6,6 %
IG (Investment Grade) désigne les obligations émises par des emprunteurs jugés solides financièrement, bénéficiant d’une bonne qualité de crédit et d’un risque de défaut relativement faible. En contrepartie de cette sécurité, les rendements sont plus modérés.
HY (High Yield) correspond aux obligations à plus haut rendement émises par des émetteurs plus fragiles ou plus endettés. Le rendement plus élevé compense un risque de crédit supérieur, notamment un risque de défaut plus important en cas de ralentissement économique.
Sur l’évolution des taux longs, deux dynamiques diffèrent : Aux États-Unis, les taux obligataires à long terme ont diminué, passant d’environ 4,5 % à 4,15 %. Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs : le cycle de baisses des taux directeurs engagé par la Réserve fédérale, qui réduit le coût du crédit à court terme et influence les anticipations de taux futurs, ainsi que la forte demande pour les obligations considérées comme des valeurs refuges dans un contexte économique incertain.
En Europe, les taux longs ont augmenté (de 2,4 % à ~2,9 %) en raison de la prudence de la BCE, de la croissance stable mais modérée et des primes de risque souverain légèrement plus élevées.
Cette divergence a favorisé la revalorisation des obligations longues et ouvert des opportunités tactiques sur le crédit de qualité.
Or, actifs privés et alternatifs : des piliers renforcés
Dans un monde fragmenté, l’or a pleinement joué son rôle de valeur refuge, soutenu par la dédollarisation, les achats des banques centrales et les incertitudes géopolitiques.
Les marchés privés (Private etquity, Dette privée, infrastructures) ont confirmé leur intérêt stratégique : décorrélation, visibilité des cash-flows et capacité à capter des tendances structurelles (énergie, infrastructure, technologie).
Les actifs alternatifs (hedge funds) ont, quant à eux, renforcé leur rôle d’amortisseur de volatilité dans des portefeuilles multi-actifs, offrant des sources de rendement stables et diversifiées.
Une année constructive, sans excès
En définitive, 2025 apparaît comme une année de normalisation constructive :
- Une inflation maîtrisée,
- Un tournant monétaire crédible,
- Des marchés financiers plus rationnels,
- Et un monde qui se réorganise autour de nouveaux équilibres économiques et géopolitiques.
Sans excès d’optimisme, mais avec davantage de visibilité, 2025 a rappelé une réalité essentielle pour l’investisseur de long terme : la discipline d’allocation et la diversification restent les principaux moteurs de performance durable.
Perspectives 2026 – Sélectivité, qualité et diversification
À l’aube de 2026, les marchés évoluent dans un environnement complexe mais structuré. Trois dynamiques principales le façonnent : une inflation structurellement plus élevée que les cibles historiques, des banques centrales prudentes, et des mégatendances technologiques et industrielles offrant de nouvelles sources de rendement.
Enjeux clés 2026
1 – Un contexte macro économique qui reste favorable
L’inflation reste modérée mais supérieure aux cibles, surtout aux États-Unis, où elle se situe autour de 2,7 %. La Réserve fédérale poursuit un cycle de baisses de taux limitées, tandis que la BCE reste prudente, confrontée à une croissance européenne moins franche et à une inflation core persistante.
Cela implique une gestion active des taux et de la duration, avec un focus sur la sélectivité plutôt que sur une approche passive.
La croissance mondiale reste modérée mais résiliente, portée par des politiques monétaires plus accommodantes et des mesures budgétaires ciblées (plan allemand, relances sélectives aux États-Unis). Pour l’instant, cette stabilité est conditionnelle : son maintien dépendra de la mise en œuvre effective des plans de relance européens, de l’impact des droits de douane américains sur les consommateurs et les entreprises, ainsi que de la capacité des politiques publiques à soutenir l’investissement et la demande.
La situation géopolitique restera à surveiller, à l’image de la fin d’année 2025 : l’intervention militaire américaine au Venezuela et la capture du président Nicolás Maduro constituent un facteur d’incertitude supplémentaire, dont les impacts sur les marchés financiers et le pétrole demeurent, à ce stade, difficilement quantifiables.
2. Polarisation des marchés actions et mégatendances
La polarisation observée en 2025 se poursuit :
- Les secteurs IA, numérique et technologies de rupture continuent de surperformer.
- Certaines valeurs cycliques et financières offrent des valorisations attractives.
Voici les objectifs clés pour 2026 :
- Capturer les mégatendances structurelles tout en restant attentif aux valorisations.
- Diversifier et décorréler les portefeuilles pour limiter l’impact de la volatilité.
Convictions pour 2026
Pour 2026, notre approche repose sur la combinaison de sélectivité, de qualité et de diversification afin de capter les opportunités de croissance tout en limitant les risques : elle se décline selon trois grands piliers, Actions, Obligations & Crédit, et Actifs Alternatifs et privés
Actions : neutralité stratégique et sélectivité sectorielle
- Maintien d’une approche neutre sur les actions globales, avec sélectivité sectorielle et géographique.
- L’IA et les technologies de rupture restent des moteurs de croissance structurelle. Nous privilégions les entreprises qui intègrent l’IA dans leurs produits, services ou processus internes, y compris dans les secteurs traditionnels.
- Etats-Unis : Aux États-Unis, les actions présentent des valorisations plus élevées par rapport à leurs moyennes historiques, mais cela reflète dans certains cas des fondamentaux solides : la croissance des bénéfices des entreprises reste robuste, justifiant en partie des valorisations élevées.
- Europe : les valorisations restent attractives sur certains secteurs (énergie, banques), soutenues par les plans industriels et les initiatives de souveraineté économique.
- Émergents : la croissance structurelle est favorable, mais il est important de gérer activement l’exposition aux risques géopolitiques et aux devises.
- La volatilité actuelle et attendue sur 2026 amène la recherche de secteurs de croissance et défensifs, comme la santé qui bénéficie de tendances démographiques et d’innovation.
Obligations et crédit : qualité et gestion active
- Continuer la sélection rigoureuse des émetteurs souverains et corporates Investment Grade, particulièrement en Europe.
- Gestion dynamique de la duration pour tirer parti des mouvements de taux.
- Crédit High Yield : approche prudente, privilégier les entreprises solides avec des flux stables.
Alternatifs et marchés privés : diversification et rendement stable
- Fonds privés et fonds evergreen : exposition long terme, liquidité progressive, revenus régulier et qui présentent une faible corrélation avec les marchés cotés.
- Infrastructures : transition énergétique, data centers, logistique ; rendement stable et décorrélé des marchés traditionnels (la classe d’actif présente une corrélation de 0.3 avec le marché actions).
- Dette privée : offre un supplément de rendement attractif, avec un accent mis sur la solidité des émetteurs et le financement de projets à fort potentiel de croissance structurelle.
- Or et matières premières : elles continuent de jouer un rôle de valeur refuge et de diversification, avec une performance de l’or de +70 % depuis le début de l’année. Ce rôle devrait perdurer, car l’incertitude géopolitique, les tensions inflationnistes et la volatilité des marchés financiers incitent les investisseurs à se tourner vers des actifs tangibles et moins corrélés aux actions ou obligations.
Synthèse
Pour 2026, notre allocation se fonde sur sélectivité, qualité et diversification, afin de capter les opportunités structurelles tout en limitant l’exposition aux risques cycliques et à la volatilité :
- Actions : focus sur mégatendances technologiques et segments défensifs à valorisation attrayante.
- Obligations et crédit : gestion active, émetteurs de qualité et duration flexible.
- Alternatifs et marchés privés : combinaison de rendement, stabilité et décorrélation.
Cette approche vise à maximiser les sources de performance durable, en conciliant rendement, gestion des risques et exposition aux tendances économiques et technologiques majeures, dans un contexte de croissance modérée et de politiques monétaires différenciées.
Loi de finances 2026 : beaucoup de bruit pour rien !
Après 2 mois et demi de débats et d’invectives au Parlement, où en est l’adoption du projet de Loi de finances pour 2026 ?
Les députés et les sénateurs n’ayant pu trouver un accord sur un texte avant le délai de 70 jours prévu par la Constitution, l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté, le 23 décembre dernier, une Loi spéciale contenant simplement l’autorisation de continuer à percevoir les impôts existants.
L’examen du projet de Loi de finances 2026 doit quant à lui reprendre dans quelques jours.
Panorama des mesures discutées, voire adoptées en première lecture en séance publique, MAIS qui ne sont donc finalement pas entrées en vigueur :
- Taxe de 2% sur les holdings dont l’actif brut est supérieur à 5 millions d’euros (y compris dans sa version modifiée en séance publique, recentrée sur les biens dits somptuaires).
- Remplacement de l’IFI par un impôt sur la fortune improductive incluant dans son assiette les liquidités et placements financiers assimilés, les fonds en € des assurances-vie, etc.
- Prorogation de la CDHR.
- Durcissement des conditions de maintient de la plus-value en report dans le cadre de l’article 150-0 B ter (notamment l’augmentation du seuil de réinvestissement à 80%).
- Restriction de l’exonération Dutreil aux biens affectés à l’activité opérationnelle.
Quelle fiscalité pour les revenus 2025 / IFI 2026 ?
Les dispositions qui seront issues de la LF 2026, si elles sont votées avant la fin de la période déclarative (mai/juin 2026), pourraient, sauf indications différentes dans la Loi, s’appliquer au titre des revenus de l’année 2025.
En matière d’impôt sur la fortune, en revanche, le fait générateur étant le 1er janvier de l’année, la législation applicable est celle en vigueur au 1er janvier. Dès lors une loi adoptée en cours d’année ne devrait pas pouvoir modifier l’IFI. En revanche, elle pourrait mettre en place un nouvel impôt, comme cela avait été le cas en 2012, lorsqu’avait été mise en place la contribution exceptionnelle sur la fortune dans la 2nde Loi de finances rectificative du 16/08/2012, ce qui avait permis en définitive d’augmenter l’ISF dû en 2012… Une manœuvre similaire ne serait pas impossible cette année en ce qui concerne l’IFI.
Pour l’heure une seule certitude : l’augmentation de 1.4 point de la CSG sur certains revenus du capital.
Contrairement au PLF 2026, le PLFSS 2026 a été définitivement adopté le 16 décembre 2025, et avec lui l’augmentation ciblée de 1.4 points de la CSG. Les prélèvements dits sociaux de 17,2% passent donc à 18,6%, et la flat tax de 30% à 31,4%.
On notera cependant que les revenus fonciers, les plus-values immobilières et les produits des contrats d’assurances vie ou de capitalisation échappent à cette hausse : ils restent donc soumis aux prélèvements sociaux de 17.2%.
Pour les autres revenus, ceux concernés par la hausse, il convient de distinguer :
- Les revenus du patrimoine (Plus-values mobilières, gains de crypto, gains d’acquisition d’AGA, LMNP, etc.) soumis au nouveau taux de 18,6% dès le 01/01/2025,
- Les revenus de placement (Intérêts, dividendes, etc.) qui restent soumis aux taux de 17,2% jusqu’au 31/12/2025 et pour lesquels la hausse ne s’appliquera qu’à compter du 01/01/2026.