© 2019 Carat Capital. Tous droits réservés.

Bulletin N°22 – Mars-Avril 2014

par Cedric Genet

Bulletin N°22 – Mars-Avril 2014

Brèves

L’inflation ralentit trop en Zone Euro

L’inflation dans la zone euro est tombée en mars à son plus bas niveau depuis novembre 2009, avec une hausse de seulement 0,5% en rythme annuel, selon l’estimation publiée par Eurostat. Les économistes interrogés s’attendaient en moyenne à 0,6%, après 0,7% en février. Pour le sixième mois consécutif, l’inflation dans la zone euro se situe ainsi nettement sous la barre de 1% l’an.  Situation que le président de la Banque Centrale Européenne Mario Draghi qualifie en personne de «zone dangereuse».

Cauchemar des banquiers centraux et des gouvernements, la déflation est en théorie un cercle vicieux qui s’auto-entretient. La baisse des prix conduit irrémédiablement à une baisse des marges, donc une baisse d’activité qui engendre moins de revenus, ce qui tend à comprimer la demande, et donc conduit à une forte hausse du chômage. De plus les ménages ont tendance à reporter leurs achats, voyant les prix baisser, ce qui conduit à une hausse de l’épargne et donc une baisse de consommation et accroît ainsi la baisse d’activité. Enfin dernier effet néfaste de la déflation, les recettes publiques (au premier rang desquelles la TVA) chutent, du fait de la baisse de la consommation, de l’activité et des prix.

C’est donc le nouveau combat de la BCE qui, après avoir lutté pour ne pas voir exploser la Zone Euro, va devoir trouver les marges de manœuvre pour éviter la déflation : la seule vraie solution, dans le contexte actuel, sera de faire fonctionner, à nouveau, la planche à billets. Cela aura au moins le mérite de faire baisser l’Euro, baisse enfin commencé.

Encore raté

Le déficit public s’est élevé à 4,3 % de PIB en 2013, après 4,8% en 2012. Après avoir obtenu   un report de deux ans pour tenir l’objectif des 3%, le gouvernement s’était engagé auprès de ses partenaires européens à ramener le déficit à 4,1% de PIB. Le niveau est finalement encore plus haut et ce malgré une croissance du PIB légèrement supérieure aux attentes puisque la France a enregistré une croissance de 0.3% en 2013.

Le dérapage, qui n’est en fait pas une vraie surprise, est dû à des moins-values de recettes fiscales   (comme   nous    l’avions    prédit    dès  le printemps 2013). Parmi ces recettes en diminution, l’ISF a enregistré 700 millions d’euros de recettes en moins : des contribuables auraient- ils quitté le pays ?

Toutes administrations confondues, les dépenses ont été globalement maîtrisées l’an dernier, mais nous sommes loin des 15 milliards d’économies annoncées.  Ce  dérapage  du  déficit   public 2013 complique l’équation budgétaire pour  2014. Bercy prévoit de ramener son  déficit  à  3,6 % cette année, ce dont doute d’ores et déjà fortement Bruxelles, qui anticipe un déficit de 4% en 2014 pour la France. La dette publique, quant à elle, atteint 93,5 % de PIB (contre 93,4% prévus), après 90,2 % de PIB en 2012.

Après la publication officielle de ces chiffres, Bercy a préféré mettre en avant l’amélioration de la situation d’une année sur l’autre qui démontre que la gestion responsable des finances publiques a produit des résultats. C’est vrai mais insuffisant pour un pays dont plus d’un tiers de la dette est détenu par des investisseurs étrangers et qui s’expose donc ainsi à une hausse de ces taux d’emprunt.

Pendant ce temps-là… le monde change

Après avoir déjà réduit le montant de ses achats d’actifs mensuels de 10 milliards de dollars en janvier,  la Banque Fédérale Américaine (la Fed) a annoncé une nouvelle réduction de      10 milliards (à 65 milliards de dollars) en février et devrait interrompre complètement le programme d’ici octobre, confirmant ainsi la bonne reprise américaine. Ce « tapering » de la Fed a engendré des sorties de capitaux dans certains pays émergents qui ont été bousculés ces dernières semaines. Il convient de faire la différence entre les pays affichant des fondamentaux de croissance solides (tels que des niveaux d’endettement peu élevés, des balances courantes robustes et des réserves de change abondantes) et ceux qui sont devenus trop dépendants des afflux d’investissements à court terme ou qui sont pénalisés par une faiblesse jusqu’alors sous-estimée. Par ailleurs, nous sommes convaincus que les liquidités auparavant fournies par la Fed seront en grande partie remplacées par les nouvelles mesures de relance massive introduites par la banque du Japon et la BCE cette année et que les marchés émergents devraient également bénéficier de l’amélioration de la croissance dans les pays développés. La récente dépréciation des devises émergentes face au dollar offre notamment un avantage décisif aux pays tels que la Corée du Sud ou le Mexique qui exportent massivement vers      les États-Unis. Les perspectives de la Chine sont quant à elles assez incertaines. La délicate réforme du secteur financier est en cours et sous-entend la libéralisation des taux d’intérêt des dépôts ainsi qu’une transparence accrue concernant les véritables niveaux d’endettement des gouvernements locaux et des autres agents économiques. En outre, les banques publiques chinoises, bien qu’ayant souffert d’une mauvaise gestion, possèdent suffisamment d’actifs pour contrebalancer tout dommage potentiel.

En Europe, Les indicateurs avancés, notamment les enquêtes sur l’activité manufacturière et non manufacturière, ainsi que la confiance des ménages, signalent toujours une accélération de la reprise dans la région. Le Royaume-Uni demeure en tête, l’économie du pays ayant progressé à un rythme annualisé de 2,8 % au dernier trimestre de 2013.

Nos convictions

La situation géopolitique a bousculé beaucoup de choses au cours de ce premier trimestre,    et les deux zones émergentes dans lesquelles nous vous avions jusqu’alors beaucoup conseillé d’investir n’ont pas été épargnées. D’une part la Chine, et plus particulièrement le développement de la consommation interne, qui a été freiné par les risques de grande difficulté du système bancaire. En effet les autorités ont annoncé et démontré qu’elles n’interviendraient plus de manière systématique pour sauver une entreprise ou une banque dans le cadre de montage  financier  hasardeux.  D’autre   part, la zone qui  couvre  la  Russie,  l’Europe  de l’Est, le Moyen-Orient et l’Afrique.  L’invasion de la Crimée par la Russie, la situation en Turquie ou les émeutes au Nigéria, ont touché principalement les pays qui semblaient, du point de vue du développement économique, être  des  zones  prioritaires  d’investissement  à long terme. Malgré ces évènements, nous n’avons pas changé de conviction, et  pour  ceux qui souhaitent un investissement très offensif, nous avons accru notre investissement dans cette zone en Mars. Nous maintenons notre recommandation de profiter de ce type d’évènement pour accroitre la position,  tout en restant méfiants vis-à-vis de certains pays, comme la Turquie (lire focus ci-après).

Ce premier trimestre aura également permis de constater que les marchés actions européens et tous particulièrement français ont surperformé tous les autres marchés, tendance qui devrait se poursuivre, mais dont il nous faut nous méfiez, car ce phénomène est plus lié à des afflux de liquidités qu’à de véritables bonnes nouvelles économiques. Le retour de bambou pourrait être violent, même si nous ne l’attendons pas   à court terme.

Le marché actions américaines piétine quelque peu, cherchant un nouveau souffle, après avoir dépassé ses plus hauts historiques. Aux Etats- Unis, nous serons plus prudents sur les nouvelles technologies en particulier le secteur des start- up internet, survalorisé selon nous. Pour les plus prudents, les obligations d’entreprises européennes restent les supports à privilégier.

Focus

Les impacts du réchauffement

Après avoir livré en septembre les dernières données sur l’ampleur sans précédent du réchauffement, les experts sur l’évolution du climat (Giec) ont dévoilé leur diagnostic sur les impacts d’un tel changement : Le niveau de recharge en eau des rivières et des nappes phréatiques des  régions  tropicales  sèches va diminuer dans la plupart des cas. La sécurité alimentaire et la croissance économique  des  pays du Sud pourraient être menacées, particulièrement dans  les    pays    en    voie    de    développement. Au nord, la modification des régimes des précipitations devrait  augmenter le niveau  des réserves en eau et la fréquence des inondations. Avec le réchauffement, de plus en plus d’espèces devraient remonter les mers sous  des latitudes élevées. Le Giec estime que ces migrations vers le nord pourraient se  traduire  par  une  hausse  de  30 à 70 % du rendement des pêches dans les régions concernées. Inversement, la biodiversité marine risque de s’appauvrir dans les  zones  tropicales.  Sauf mesures  d’adaptation, les rendements des principales cultures céréalières (blé, maïs, riz) devraient  diminuer  dans   les   régions   tempérées et surtout dans les zones tropicales. Localement, cependant, le réchauffement pourrait se révéler bénéfique. Le Giec  mentionne des hausses  de rendement de plus de 10 % sur la période 2030-  2049. Ce niveau est insuffisant pour l’accroissement de la population et donc les prix agricoles vont monter et leur volatilité sur les marchés s’accroître. La demande en énergie pour se chauffer devrait diminuer. Inversement, elle  devrait  croître pour rafraîchir les logements et les commerces. L’évolution démographique de la planète et les progrès technologiques auront eux aussi un impact sur cette demande et sur les types de production énergétique. L’état futur des disponibilités en eau et de leur température risque surtout de poser un problème pour les centrales thermiques et nucléaires. La fiabilité des réseaux électriques est donc menacée. Enfin, le réchauffement, en impactant négativement la croissance économique va compromettre l’effort de réduction de la pauvreté dans  le  monde.  Dans les pays à faible niveau de revenu, les inégalités sociales vont se  creuser  et  ce  d’autant  plus  que les vagues de migrations climatiques devraient s’y multiplier. Le Giec redoute l’apparition de nouvelles poches de pauvreté dont ne seraient pas  exempts les pays développés. « Le changement climatique peut, indirectement, augmenter les risques  de conflits violents », considèrent ces experts, pointant notamment des menaces de guerre civiles.

La Turquie dérape

Dans  une  tentative  de  stopper   la   forte   baisse de la Lire turque, la banque centrale  turque  a  injecté 2 milliards de dollars  pour  soutenir sa monnaie et finalement relevé son  taux  d’emprunt de  7.75%  à  …  12%  en janvier   dernier.

La Turquie est particulièrement vulnérable aux turbulences mondiales car elle accuse un déficit courant de 65 milliards  de  dollars  par  an,  dont  80% sont détenus par des fonds à court terme. En contrepartie, elle ne détient que 35 milliards de dollars de réserves étrangères, juste  assez  pour couvrir le coût des importations durant un mois et demi.

De plus, le pays est de plus en plus gangréné  par les tensions  politiques. Enfin,  la   Turquie est vulnérable au «tapering»  des  autorités  américaines au même titre que le Brésil ou l’Afrique du Sud par  exemple.

La Turquie a depuis un  certains  nombres  d’années un soutien fort de  trois entités :  les  Etats-Unis sur le plan  géopolitique, l’Union européenne  sur  le plan  institutionnel  et  le FMI  sur  le  plan  financier.

Si l’on se focalise sur les relations  économiques  entre l’union  européenne  et  la  Turquie,  on  se rend compte que les échanges concernent surtout des produits à faible valeur ajoutée tels que le textile, les fruits et légumes, les équipements pour les télécommunications et quelques machines et matériels de transport. Plus globalement la Turquie ne représente que 3.5% du commerce global de l’Europe  des  28,  avec  une  plus  forte  propension à l’export qu’à l’import contrairement à des pays comme  la  Chine   ou  à  la   Russie   par   exemple.  En revanche, la Turquie est, elle, un partenaire privilégié de l’Union Européenne  puisque  près  de  la moitié de ses importations s’effectuent avec l’UE. Une crise turque d’une plus grande ampleur n’aurait donc que peu d’influence sur l’évolution économique européenne : elle aurait malgré tout un impact certain sur les banques, notamment celles ayant une exposition au pays (BNP PARIBAS en première ligne).

Les années à venir ne seront pas aussi fastes que les 5 dernières, mais les échéances électorales et l’appui du FMI devraient permettre de progressivement calmer  le  jeu  et  revenir  à  une  phase  d’expansion.

Article précédent

Bulletin N°21 - Janvier-Février 2014

Article suivant

Bulletin N°23 - Juillet-Août 2014

Sur le même thème

Bulletin N°49 – Avril-Mai 2019

par Cedric Genet

Bulletin N°48 – Janvier-Février 2019

par Cedric Genet

Bulletin N°47 – Novembre-Décembre 2018

par Cedric Genet

Bulletin N°46 – Septembre-Octobre 2018

par Cedric Genet

+