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Bulletin N°23 – Juillet-Août 2014

par Cedric Genet

Bulletin N°23 – Juillet-Août 2014

Brèves

La BCE joue à l’apprenti sorcier

La banque centrale européenne a  tenu  parole en décidant un nouvel assouplissement de sa politique monétaire, afin de conjurer les risques de spirale déflationniste en zone euro.

Le principal taux directeur a été abaissé à 0,15%. Autre annonce, plus spectaculaire : la baisse concomitante du taux de dépôt des liquidités déposées au guichet de la BCE et des banques centrales de l’Eurosystème. De 0%, il passe en territoire négatif, à -0,1%, ce qui n’est jamais arrivé dans la jeune histoire de l’institution.

Ceci montre la volonté de répondre, sans plus tarder, à une période prolongée de faible inflation. La BCE voulait surtout réagir aux dernières  prévisions  macroéconomiques  (PIB   et inflation) à l’horizon 2016, notamment aux anticipations d’inflation encore abaissées par rapport à la prévision de mars. Le mandat fixé      à la BCE est de maintenir la pression sur les prix  à un niveau proche mais inférieur à 2% et elle s’inquiète d’une inflation trop basse.

Elle espère par ce biais diminuer l’attractivité de l’euro, pour lui faire perdre de sa valeur et ainsi « importer » de l’inflation, car cela va renchérir mécaniquement les produits et services achetés dans d’autres devises. Elle veut également réorienter les liquidités des banques vers l’économie sous la forme de crédits bancaires.  Ce faisant, elle espère soutenir l’activité et en particulier relancer les investissements.

Les tensions géopolitiques s’accumulent

Une bonne partie du monde est en prise avec    la guerre, le terrorisme ou d’importantes tensions aux frontières. Si l’Ukraine et la Russie donnent l’impression d’avoir calmé les tensions sur le  plan politique il n’en est rien du point de vue de la population ou les tensions restent très vives, terrains de potentiels conflits isolés mais violents.

N’oublions pas non plus, que la Chine et  la  Japon, font régulièrement preuve d’intimidation l’un envers l’autre au large des îles SENKUKA, que chaque pays revendique comme sa propriété. Si on en parle moins, la Syrie, le Mali, le Nigéria, la République Centre-Africaine et d’autres encore restent en proie à des conflits d’une extrême violence poussés par un terrorisme nationaliste ou religieux.

Enfin, l’évolution et les avancées territoriales des rebelles djihadistes en Irak n’augurent rien de très positif, ce d’autant que les Etats-Unis semblent moins décidés que par le passé à intervenir et cherchent des solutions diplomatiques pour le moins compliquées à mettre en place face à la volonté des rebelles.

La chute de la Bourse de Dubaï est un indicateur important des impacts potentiels de l’accroissement de ces conflits. En proie au chaos, l’Irak et  la Syrie restent au centre des préoccupations, les investisseurs craignant l’impact d’une escalade des violences au Moyen-Orient sur le prix du pétrole et la croissance économique mondiale. Pour l’instant seules les économies et bourses locales sont secouées par ces situations, mais il conviendra de rester très vigilant.

Pendant ce temps-là… le monde change

La Cour des comptes préconise de baisser les effectifs dans les fonctions publiques territoriales et hospitalières avec le non remplacement d’un départ à la retraite sur trois. Elle ne s’arrête pas là et propose également une hausse de la durée effective du travail dans les administrations. Elle pourrait prendre des formes diverses  tel  que l’alignement de la durée effective sur la durée légale ou réduction du nombre de jours d’absence (par exemple en rétablissant la  journée de carence en cas de maladie que le gouvernement vient juste de remettre en place).

Les Etats-Unis ont décidé de frapper fort auprès des entreprises qui ont réalisé des opérations avec des pays sous embargo américains. S’il est difficile de comprendre tous les détails juridiques de ces affaires, les conséquences sont simples : 2 milliards de $ d’amende pour le crédit Suisse   et près de 9 milliards pour la BNP et un chantage très étonnant sur la capacité ou non de poursuivre des activités en dollars, source évidemment indispensable à des groupes mondiaux. Une certaine forme de racket !

Perspective économiques et financières

La situation économique mondiale change peu en ces premiers mois  de  2014.  Nous  sommes en phase de consolidation : positive pour les Etats-Unis, la Chine, le Royaume-Uni  ou l’Allemagne, sans grande conséquence pour l’Espagne, l’Italie, le Brésil ou le Japon et négative pour la France, la Russie ou la Turquie.

Le premier groupe continue de faire progresser son économie, créer des emplois et s’apprête d’ors et déjà à des remontées de taux de leur banque centrale (à part l’Allemagne qui bénéficie de son hégémonie au sein de la zone Euro, mais qui tire l’Europe vers le haut). Même si la croissance n’est pas linéaire (le premier trimestre ayant par exemple été mauvais pour les Etats-Unis), elle est au rendez-vous et ces pays confirment une nouvelle fois leur capacité à créer, innover, et réformer quand il le faut.

Le second groupe est stabilisé, sans réelle réduction du chômage ni réelle croissance mais c’est le groupe des pays qui a le plus souffert de la crise et qui se relève doucement et progressivement, réformant enfin après quelques périodes d’atermoiement.

Le dernier groupe, désormais considéré comme les mauvais élèves de la classe sont ceux    qui souffrent d’un endettement hors norme, d’une effrayante incapacité de réforme, pour des raisons de dogmatisme en Russie et en Turquie et pour des raisons probablement électoralistes en France.

Les marchés financiers sont toujours dominés par les décisions des différentes banques centrales. Les décisions récentes de la BCE de réduire le taux directeur et surtout d’instaurer des taux de dépôt négatifs ont eu au moins pour effet de faire encore baisser les taux, monter les marchés actions mais surtout baisser l’Euro. C’est sans doute la meilleure nouvelle du début d’année pour l’Europe et les entreprises exportatrices en dehors de l’Europe qui vont améliorer leur marge par ce seul effet mécanique.

Aux Etats-Unis, La réserve Fédérale (Fed) continue son programme de réduction d’injection de liquidités mais est encore très loin de l’inverser ou même de remonter les taux d’intérêt actuellement toujours proches de zéro.

Nos convictions

Face un afflux de liquidités toujours très conséquent dans le monde et des taux toujours aussi bas, il est assez logique que l’ensemble des classes d’actifs continue de progresser, mais les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Avec des taux aussi bas, les obligations sont au plus haut, avec un tel flot de liquidités les actions sont au plus haut… alors ? Au moins l’un des deux est donc trop haut et nous pensons depuis plusieurs mois déjà que ce sont les obligations qui sont trop chères.

Nous allons poursuivre notre réduction d’exposition aux valeurs obligataires, de manière définitive pour les obligations d’états et de manière sélective pour les obligations d’entreprises.  En  effet,  nous  jugeons  que   les obligations d’entreprises européennes et américaines à courte maturité, c’est-à-dire  dont l’échéance est proche, restent de bonnes opportunités d’investissement.

Nous maintenons en revanche nos convictions sur le marché actions. Il est évident que pour ceux qui ont investi très tôt après la fin de la crise financière (c’est-à-dire dès 2009) les plus- values sont très importantes et il vaut mieux en sécuriser une partie. Pour le reste, le maintien sur le marché actions est nécessaire. Il va subir quelques secousses mais sa progression restera soutenue grâce aux taux bas et aux liquidités. De plus la baisse de l’Euro est très profitable pour les entreprises de la Zone Euro. Attention toutefois à ne pas trop être exposé aux marchés américains, désormais très chers.

Pour ce qui est de l’immobilier en France, si vous envisagez de vendre nous vous conseillons de le faire rapidement, et si vous êtes acheteur, d’attendre ou de négocier ferme.

Enfin, pour les plus téméraires, l’achat d’actions d’exploitations de mines d’or présente de bonnes perspectives.

Focus

La fuite des cerveaux

On   en   parle souvent  mais  qu’en  est-il  vraiment ? Une Etude de la Chambre  de Commerce et d’Industrie de Paris nous permet d’éclairer ce sujet. Au total,  près de 2 millions de ressortissants français vivent à l’étranger. Une communauté qui connaît  une  croissance  très   significative   depuis le début des années  2000  :  de  3%  et  4%  par  an  au cours des dix dernières  années,  qu’il  convient  de comparer avec une croissance moyenne de la France métropolitaine de seulement +0,6% par  an. Ce qui confirme que de plus en  plus  de  Français  font le choix de quitter la France. C’est dans la zone Asie-Océanie que la croissance de la population française  est   la   plus  importante,   supérieure   à la moyenne  mondiale :  +4,2%  entre   2012   et  2013    (+19,3%    en    Corée    du    Sud  notamment).

Alors, y a-t-il vraiment une «fuite des cerveaux» ? Oui, dit l’étude : 53% de ces «exilés» ont un niveau minimum Bac+5, 57% gagnent plus de 30 000 euros nets par an. Pire  encore,   ils  sont   de  plus   en   plus   jeunes. Un tiers des personnes de 18 à  34  ans envisageraient   leur  avenir   à    l’étranger,    selon un   sondage  Opinionway    cité    dans    l’étude. Leur principale motivation serait  professionnelle. L’ampleur du chômage, et notamment celui des jeunes, constitue l’une des  explications  les  plus  plausibles à cette accélération soudaine d’expatriation des jeunes qualifiés. Il est ainsi avéré que les carrières sont souvent plus rapides à l’étranger où le poids de la hiérarchie peut être moins important qu’en France. L’autre tendance notable, également inquiétante,  est   que   ces    expatriés    reviennent    de    moins en   moins.  47%   de    ceux    déjà    partis    n’ont pas   encore  réfléchi   à   un    éventuel    retour.  Mais ces données  doivent  être  relativisées. Le niveau de migrations internationales n’a jamais été aussi élevé qu’à  l’heure  actuelle.  En  l’occurrence, la France est moins soumise aux  expatriations que ses voisins britanniques, italiens et allemands. Surtout,    l’Hexagone    attire    encore    beaucoup les     étudiants     étrangers,     270     000     en 2011.

L’idée d’un mouvement massif de fuite des talents, spécifique à la France, ne semble donc pas correspondre à la réalité, conclut   l’étude   de  la CCIP. On peut  facilement  supposer  qu’une  baisse du chômage freinerait ce mouvement et peut-être amorcerait un mouvement de retour de ces jeunes cerveaux qui aurait acquis une bonne expérience étrangère. Un mal pour un bien… si le chômage baisse !

La folie brésilienne

Cependant, la  chaine  ne  désirant diffuser que lesPour le Brésil c’est 8 milliards de dépenses en infrastructure pour 10 milliards de retombées économiques attendues, soit un bonus  bien  faible au regard des dépenses de fonctionnement et de sécurité de ce Mondial. Qui sont donc les vrais gagnants de la Coupe  du Monde  ? Droits  de diffusion,  paris  sportifs,  bière,  tourisme,  pub… Pour  tous  ceux  qui  ne  font  pas  le   déplacement, la Coupe du Monde se passe à la télévision. Les chaines, tout comme les marques, le savent bien. En France, TF1 a dépensé 130 millions d’euros pour diffuser l’intégralité des 64 matchs de la compétition.

28 meilleures affiches a rétrocédé les droits  de l’intégralité des matchs, dont 36 en exclusivité, à beIN Sports pour la coquette somme de 50 millions d’euros. TF1 espère entre 43 et 55  millions d’euros de retombées publicitaires en fonction des résultats de l’équipe de France. Pour les matches de groupe de l’équipe de France  diffusés  à  21h,  un  spot  de 30 secondes à la  mi-temps  coûte  185  000  euros. Au Royaume-Uni, le pays du pari, les bookmakers devraient générer plus d’un milliard de livres sterling (1,25 milliard d’euros) pendant  la durée  de la compétition, faisant de ce Mondial l’événement le plus important en termes de paris dans l’histoire du Royaume Uni (et ce  n’est  pas  rien  !).  En  France, les recettes de la Française Des Jeux  ont été multipliées par 8 sur la seule première semaine de compétition par  rapport à  la  coupe du monde 2010.

Les autocollants de football Paninis, toujours aussi populaires, devraient générer un important chiffre d’affaires. Lors de la dernière coupe du monde, plus de 220 millions d’enveloppes d’autocollants ont été vendues au Brésil. Selon Reuters, les ventes devraient augmenter de 50% cette année, atteignant donc 330 millions d’enveloppes. À un Real (0,33 centimes) par enveloppe, les stickers Paninis devraient rapporter plus de 108 millions d’euros sur le seul sol brésilien. Enfin, lors  de la première semaine  du Mondial 2010, les ventes  de  chips,   de  chocolat  et  de  bière ont   augmenté   respectivement   de   10%, 37%  et  51%  par   rapport   à   la   même  semaine  en 2009.   Les  géants   de  l’alimentaire  peuvent donc se  frotter  les  mains  dans   l’attente   de ventes  records   durant   cette   Coupe   du   Monde.

Si les recettes associées au Mondial semblent plus profiter aux grandes marques qu’au pays accueillant l’événement, espérons que le Brésil saura tirer son épingle du jeu lors d’un autre événement sportif majeur qu’il   hébergera   en   2016,   les   Jeux   Olympiques.

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